Les risk managers à la table des decisions
Article de fond

Les risk managers à la table des decisions

Date de publication 06 juillet 2026

Face à des risques de plus en plus interconnectés et systémiques, les risk managers ne se concentrent plus uniquement sur la protection.


Loïc Le Dréau
EMEA Division Manager
An image of a woman pointing to a sticky note during a business meeting.

 Face à des risques de plus en plus interconnectés et systémiques, les risk managers ne se concentrent plus uniquement sur la protection. Ils orientent désormais de manière croissante les choix stratégiques de l’entreprise en matière de résilience, d'investissement et de création de valeur à long terme.

Durant des décennies, la gestion des risques s'est essentiellement définie par le contrôle : réduire les coûts, transférer l'exposition et intervenir en cas de sinistre. Aujourd'hui, cette vision n'est plus d'actualité. Face à des risques de plus en plus volatils, interconnectés et lourds de conséquences, les responsables des risques se situent au cœur des décisions stratégiques de l’entreprise.

Vers une apprehension systemique des risques

L'évolution la plus fondamentale de ces vingt dernières années ne réside pas seulement dans l'augmentation des risques, mais dans le changement profond de leur nature. Des risques autrefois gérés de manière isolée – dommages aux biens, ruptures d'approvisionnement, pertes financières – sont désormais étroitement imbriqués. Le dérèglement climatique peut perturber simultanément les opérations et les chaînes logistiques ; de même, un incident cyber peut provoquer à la fois un arrêt de l'activité, des contrôles réglementaires et une atteinte immédiate à la réputation. Les modèles traditionnels, qu'ils soient financiers, intuitifs ou fondés sur l'historique des sinistres, ne suffisent plus à eux seuls.

Qu'il s'agisse de l'industrie des hautes-technologies, des biens de consommation à l’échelle internationale ou des secteurs industriels à forte intensité capitalistique, les dirigeants sont confrontés de plein fouet à cette réalité. Malgré des contextes opérationnels et des environnements réglementaires très divers, une tendance commune se dessine : le leadership en matière de gestion des risques influence de plus en plus les résultats opérationnels de l’entreprise, et ne se limite plus à définir le simple niveau de protection en place. Cette transition est accentuée par les mutations du marché du transfert de risques.

Repenser la place de l’assurance

Face à des sinistres devenus plus systémiques et corrélés, les assureurs se montrent nécessairement plus sélectifs quant aux risques qu'ils acceptent de porter dans leurs bilans. Il ne s'agit pas de la fin de l'assurance en tant qu'outil, mais de la fin de l'assurance comme principe directeur unique de la gestion des risques. On attend désormais des responsables des risques qu'ils équilibrent le transfert, la prévention et la préparation aux crises au sein d'un cadre stratégique plus large, et ce de manière à soutenir les priorités de l'entreprise, et pas seulement à limiter les pertes.

Dans de nombreuses organisations, cette évolution a entraîné une redéfinition fondamentale de la mission du risk manager. Ce qui était autrefois une fonction réactive et axée sur les coûts est devenu un rôle prospectif à l'échelle de toute l'entreprise.

Les responsables de la gestion des risques participent de plus en plus à la définition des priorités stratégiques :

  • Conseiller sur les investissements clés et les adaptations industrielles nécessaires.
  • Evaluer la viabilité à long terme des grands projets de transformation.
  • Favoriser l’anticipation pour agir avant qu'une perturbation ne devienne irréversible.

À ce niveau, ce qui distingue un leadership efficace en matière de risques ne relève pas de la technicité, mais de la confiance. L'influence se construit par la cohérence, la transparence et la capacité à dialoguer de manière crédible avec de multiples parties prenantes – de la direction financière et des opérations au développement durable, en passant par la sécurité et la direction générale. À mesure que le risque s'impose au cœur de la stratégie, la crédibilité devient tout aussi essentielle que l'expertise.

Le risque comme prisme decisionnel : apporter de la clarte a la direction

Surtout, cette évolution élève la gestion des risques bien au-delà d'une simple fonction de contrôle cloisonnée. Les décisions stratégiques – qu'elles concernent la croissance, la transformation ou l'expansion géographique – exigent désormais une vision intégrée du risque dès leur genèse. Les risk managers aident de plus en plus les organisations à arbitrer entre résilience, efficacité, réputation et rapidité, bien avant que ne se posent les questions opérationnelles. En ce sens, le risque n'est plus une simple case à cocher en fin de processus décisionnel, mais un prisme à travers lequel les choix stratégiques sont évalués.

Pour autant, cette influence auprès des instances de direction ne s'acquiert pas automatiquement. Les équipes chargées des risques et des assurances qui réussissent ont tendance à s'exprimer d'une seule voix et à se concentrer sur les implications stratégiques plutôt que sur les seuls scénarios. Les dirigeants ne cherchent pas à être alarmés ; ils cherchent de la clarté. Ils veulent comprendre l'impact des risques sur leurs objectifs à long terme, connaître les options disponibles et identifier les leviers sur lesquels l'organisation garde le contrôle.

C'est particulièrement vrai dans les secteurs où une perturbation opérationnelle se transforme rapidement en risque de réputation ou financier. Dans ce contexte, l'assurance doit être perçue pour ce qu'elle est : un mécanisme financier d'accompagnement de la reprise, et non un substitut à la préparation stratégique. Une communication transparente et réaliste sur les capacités de l'assurance, mais aussi sur ses limites, contribue à sensibiliser l'ensemble de l'organisation et à responsabiliser chacun, favorisant ainsi une réponse mieux coordonnée en cas de crise.

La resilience active : un catalyseur de croissance a long terme

Derrière ces évolutions se cache une mutation plus profonde de la perception même de la résilience. Autrefois considérée comme un avantage concurrentiel ou un investissement optionnel, la résilience est aujourd'hui reconnue comme le socle d'une performance durable. Les événements extrêmes et les chocs systémiques ne sont plus des exceptions. Pour les comités de direction, la question n'est plus de savoir si une crise surviendra, mais de s'assurer que l'organisation pourra continuer à aller de l'avant le moment venu.

La véritable résilience ne consiste pas à éviter tout sinistre à tout prix. Elle consiste à préserver le cap stratégique, à s'adapter rapidement, à tirer efficacement des enseignements et à ressortir renforcé des épreuves.

En ce sens, les responsables des risques ne sont plus de simples gardiens de la protection des actifs. Ils deviennent les architectes de la continuité d'activité et de la création de valeur à long terme. C'est précisément pour cela que la gestion des risques a désormais sa place à la table des décisions : non pas comme un frein à l'ambition, mais comme un catalyseur stratégique de progrès dans une ère marquée par la volatilité.