Cartographier le risque de grêle pour mieux gérer son aggravation rapide
Article de fond

Cartographier le risque de grêle pour mieux gérer son aggravation rapide

Date de publication 22 mai 2026

Pourquoi la grêle touche des zones toujours plus vastes — et cause des dommages toujours plus importants



Grêle

La grêle est un risque naturel à part : soudaine, localisée et souvent vue comme une simple nuisance esthétique, elle peut cependant avoir des répercussions majeures pour une entreprise. Toitures perforées, lanterneaux fissurés, vitrages brisés, équipements en toiture et panneaux solaires endommagés : elle peut causer des dommages considérables dans un laps de temps très court.

La nouvelle Cartographie mondiale des risques de grêle de FM rappelle que cet aléa prend aujourd’hui une ampleur inédite et affecte désormais des zones historiquement considérées comme peu exposées.

La cartographie de FM s’appuie sur une approche nuancée pour évaluer le risque de grêle : au-delà du nombre de jours de grêle, elle mesure aussi le degré d’impact sur les biens matériels. Le cadre de modélisation repose sur des données d’observation au sol de plus de 500 000 épisodes de grêle collectées entre 1955 et 2024, croisées avec des ensembles de données de réanalyse et satellitaires. Une technologie de machine learning établit des relations statistiques entre, d’une part, la fréquence et l’intensité des tempêtes de grêle et, d’autre part, les conditions atmosphériques qui en sont à l’origine. Contrairement à de nombreux outils traditionnels qui mettent uniquement l’accent sur la fréquence, la cartographie de FM renseigne également sur la taille des grêlons et leur énergie cinétique, deux facteurs plus directement corrélés aux dommages structurels. Concrètement, c’est la différence entre « Ce phénomène se produit ici de temps en temps » et « Ce phénomène peut détruire votre toiture ».

Pourquoi proposer ce nouvel outil et pourquoi maintenant ? Parce que les sonnettes d’alarme financières deviennent difficiles à ignorer.

Les spécialistes s’accordent sur le fait que les orages convectifs majeurs constituent désormais l’un des principaux facteurs d’augmentation des pertes assurées, la vulnérabilité aux dommages liés à la grêle jouant un rôle déterminant dans cette évolution. Au premier semestre 2024, les pertes assurées liées à ces phénomènes étaient estimées à 42 milliards USD à l’échelle mondiale, soit 70 % des pertes assurées dues aux catastrophes naturelles sur cette période. Une dynamique déjà observée en 2023, où les pertes assurées mondiales liées aux orages convectifs majeurs avaient atteint des niveaux records, la majorité étant alors concentrée aux États-Unis.

« Le problème avec la grêle, c’est qu’elle prend toujours par surprise, même quand ça ne devrait pas être le cas », observe Mike Hunneyball, Directeur technique ingénierie des Opérations d’Australie de FM et spécialiste de la grêle. La question n’est pas seulement d’identifier les zones géographiques exposées à cet aléa, mais aussi celles où les bâtiments ne sont pas conçus pour y résister. Les toitures sont souvent conçues dans une logique d’optimisation des coûts, c’est‑à‑dire pour satisfaire aux exigences minimales de performance, tandis que les façades sont généralement choisies selon des critères esthétiques. Il n’est pas rare que les équipements en toiture soient installés comme si les seuls aléas étaient la pluie et le vent. Les principales vulnérabilités sont connues : l’enveloppe des bâtiments (toiture et façades comprises), les vitres, les stocks extérieurs et les équipements installés en toiture, comme les systèmes de chauffage/climatisation et les panneaux solaires. En d’autres termes, comme le souligne Mike Hunneyball, « l’environnement bâti que nous modernisons avec enthousiasme est aussi celui que la grêle prend un malin plaisir à abîmer ».

Tour du monde de l’aléa grêle

Commençons par l’une des zones les plus touchées : l’Amérique du Nord. Si la grêle figure depuis longtemps dans les stratégies de gestion des risques aux États-Unis, c’est l’aggravation de ce phénomène qui inquiète désormais les entreprises. Swiss Re estime que la multiplication des orages violents générant plusieurs milliards de dollars de pertes devient de plus en plus plausible, sous l’effet combiné d’une exposition accrue liée à l’urbanisation accélérée, de la hausse des valeurs assurées et de la vulnérabilité des biens assurés à la grêle. Même les données de sinistralité publiques donnent une idée de l’ampleur du phénomène : les archives de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) sur les « catastrophes à un milliard de dollars » recensent ainsi 203 orages violents entre 1980 et 2024, pour un coût total d’environ 514,4 milliards USD (ajusté de l’inflation).

Considérons à présent un continent que l’on n’associe pas spontanément au risque de grêle : l’Amérique du Sud. Une récente étude climatologique des épisodes de grêle de très grand diamètre (> 5 cm) identifie le nord de l’Argentine comme l’une des régions les plus exposées à l’échelle mondiale, suivi par la zone frontalière entre l’Uruguay, le Paraguay et le sud du Brésil.   Si notre carte mentale de la grêle reste limitée au corridor Colorado-Texas, des villes comme Córdoba ou Rosario peuvent surprendre, non pas parce qu’il n’y grêle jamais, mais parce que les multinationales ont tendance à considérer cet aléa comme une contrainte agricole plutôt que comme un risque de dommages aux biens ou d’interruption d’activité.

L’Europe offre un rebondissement discret mais déterminant, principalement parce que la réalité y évolue plus vite que les idées reçues. Une étude publiée dans Nature Geoscience indique que l’intensification des tempêtes de grêle extrêmes est plus marquée en Europe, et précise que les zones les plus exposées se trouvent à proximité de massifs montagneux : le nord-est de l’Espagne, le sud-ouest de la France et le nord de l’Italie. Cette étude souligne également que les pertes liées aux orages convectifs majeurs augmentent plus rapidement en Europe, les phénomènes survenus en Italie en 2023 constituant un cas d’école préoccupant de risque de concentration. Si votre entreprise est implantée dans la plaine du Pô, cet axe logistique stratégique qui relie Milan à Vérone via plusieurs autres pôles industriels, la grêle ne doit plus être considérée comme un simple risque de dommages aux véhicules.

En Australie, les entreprises locales ont pris depuis longtemps la mesure du problème, au contraire de nombreux acteurs internationaux. La tempête de grêle qui a frappé Sydney en 1999 fait figure de référence avec 1,7 milliard de dollars australiens (plus d’un milliard d’euros) de pertes assurées liées à des dommages considérables dans des zones fortement urbanisées. Si ce phénomène se reproduisait aujourd’hui, il frapperait une ville très différente en termes de construction et d’exposition. Ces 25 dernières années, plus de quatre millions d’infrastructures solaires en toiture ont en effet été installées en Australie, majoritairement sur des maisons individuelles et des bâtiments commerciaux qui n’existaient pas, ou n’en étaient pas équipés, en 1999. L’Insurance Council of Australia estime qu’un événement strictement identique à celui de 1999 causerait aujourd’hui 8,8 milliards australiens de pertes assurées, et ce uniquement en raison de l’augmentation des valeurs et de la densité urbaine. Ajoutez à cela la présence de millions de panneaux photovoltaïques en toiture, des dispositifs particulièrement sensibles aux grêlons de grand diamètre, dans plusieurs quartiers de Sydney, et le potentiel de dommages s’aggrave de manière significative.

   

L’Asie exige une analyse nuancée : les grêlons de très grand diamètre y sont moins fréquents qu’ailleurs selon les climatologues, mais cela ne signifie pas qu’ils y sont inexistants. C’est pourquoi FM tient compte de ce risque opérationnel dans ses recommandations techniques. Dans les pays où la grêle est rare, les bâtiments ne sont généralement pas conçus pour y résister ; c’est l’exemple typique de l’aléa peu fréquent qui crée la surprise lorsqu’il finit par survenir. À l’échelle d’un portefeuille mondial, le vrai danger est là : non pas le risque que l’on connaît, mais celui que l’on a exclu de son champ de réflexion.

Pourquoi utiliser la Cartographie mondiale des risques de grêle de FM

« La véritable force de cet outil est sa standardisation », explique Mike Hunneyball. « Jusqu’à présent, il était concentré sur les États‑Unis et l’Australie. Cette nouvelle version prend une dimension mondiale en associant données de terrain et modélisations physiques. »

La Cartographie mondiale des risques de grêle classe le risque en trois catégories (grêle modérée, sévère et extrême) sur la base de mesures d’énergie cinétique, en cohérence avec des critères établis par FM (notamment une période de retour moyenne de 15 ans et une densité de grêle présumée). Elle offre ainsi aux risk managers un référentiel unique pour des sites ancrés dans des contextes météorologiques très différents — un antidote au biais des « savoirs locaux ».

Pour Mike Hunneyball, « c’est dans ces savoirs que la grêle prospère », car la mémoire locale est souvent façonnée par ce que chacun·e a personnellement observé. « À Milan, une semaine de grêle en été paraît désormais plausible, tandis qu’à Singapour, cela serait perçu comme une anomalie et qu’à Sydney, c’est un risque bien connu qui peut soudainement redevenir d’actualité. »

En tant qu’outil basé sur la recherche scientifique, la Cartographie mondiale des risques de grêle de FM ne repose pas sur des souvenirs individuels, mais sur l’analyse de données et de conditions atmosphériques pour évaluer l’aléa grêle et les dommages potentiels associés.

Perspectives à long terme pour un aléa qui prend souvent de court

Les dernières recherches mondiales révèlent des tendances contrastées : en Europe, la fréquence des épisodes de grêle de très grand diamètre progresse plus rapidement qu’ailleurs, tandis que le risque évolue différemment dans les autres régions du monde et que les pertes augmentent selon des mécanismes variés. Les assureurs se montrent lucides quant à l’évolution des pertes, dans la mesure où les spécialistes anticipent une intensification de l’exposition et de la vulnérabilité, et la multiplication probable des orages violents causant plusieurs milliards de dollars de pertes. En résumé, si la grêle ne doit pas être vue comme un danger de tous les instants, elle mérite toutefois davantage d’attention de la part des instances de direction.

Retenons ceci : la grêle est l’aléa qui cause le plus de dommages aux nouvelles constructions. Façades vitrées, toitures légères, panneaux solaires et stocks extérieurs, autant de caractéristiques de sites modernes et efficaces, mais qui génèrent aussi d’importantes vulnérabilités. Pour maîtriser ce risque, il faut prendre les bonnes décisions : adopter des cartographies fiables, utiliser des matériaux et équipements adaptés dans les zones exposées, et cesser de penser que « rare » est synonyme de « sans importance ».

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